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dimanche 8 juin 2014

Réalité

L'autre soir je suis allée boire un verre chez une amie. Elle vit dans un grand appartement typiquement montréalais, avec du parquet blond au sol et des murs tout blancs, de grandes fenêtres qui donnent sur la terrasse en briques rouges et des arbres qui cachent la vue, le linge étendu sur un fil au dessus de la ruelle. 4 chambres, une baignoire, une cuisine immense, et un loyer à moins de 300$ par colocataire.

Je suis rentrée là-dedans comme Ali baba dans la caverne, il y avait des choses accrochées sur les murs, de la musique classique, un chaton qui jouait dans le salon, assez d’ustensiles pour cuisiner et assez de place pour recevoir. Elle m’a fait visiter et j’étais comme dans un musée, même si en vrai c’est juste un appart habité par 4 colocs. Pas de meuble particulièrement classe ni rien d’impressionnant pour le commun des mortels, mais j’étais stupéfaite parce que cette visite m’a amené à comparer ma propre situation avec celle des gens que je côtoie quotidiennement. J’ai réalisé dans quelle genre de précarité matérielle je vis depuis 2011, date à laquelle j’ai tout plaqué pour la première fois afin de partir à l’aventure sur les routes du monde.

A cette époque, me débarrasser de tous mes meubles et avoir ma vie dans un Eastpack me semblait être la quintessence du luxe, le truc que tu ne peux pas acheter avec de l’argent mais rien qu’à la force de ta propre personnalité, j’appellerais ça la Liberté. J’ai quitté mon appartement de 90m2 à Lyon pour un placard insalubre parisien avec un loyer que je préfèrerais taire afin de ne choquer personne. Puis je suis sortie du placard pour dormir sur des hamacs, sur des canap, sur des matelas à la propreté douteuse en Asie du sud-est. C’était le début de la fin, et pendant 3 ans j’ai dormi dans des bus, sur des bateaux, sur des tapis bédouins au milieu du désert, mon sac à dos comme oreiller. J’ai désappris le confort, j’ai oublié mes habitudes, j’ai perdu petit à petit mes goûts, mes préjugés, mes peurs et mes exigences. J’ai arrêté de vivre sur un seul fuseau horaire, j’ai commencé à oublier les heures de repas, à ne manger que quand j’ai faim, ne me laver que quand j’y pense, et à ne travailler que quand j’en ai besoin.

Et puis l’autre jour je suis allé chez le médecin, la secrétaire m’a demandé ma profession.

“ça dépend”, ai-je répondu très sincèrement. Pas pour faire la maligne mais parce qu’à ce moment-là j’avais 4 emplois différents à Vancouver, sans parler de mon expérience passée, alors quelle est ma profession techniquement : celle pour laquelle j’ai été formée, ou celle que je pratique en ce moment, et le cas échéant est-ce que je suis serveuse, journaliste, responsable e-marketing ou bien fundraiser dans les centres commerciaux ? La secrétaire n’avait pas le temps de se pencher sur la question. Votre adresse?
“ça dépend”, lui ai-je encore répondu, parce que j’avais déménagé 5 fois au cours des 3 derniers mois. L’adresse de vos parents alors, m’a-t-elle pressée. Numéro de téléphone? J’en ai 3, vous voulez le français temporaire ou le canadien temporaire, sinon je vous donne celui de ma mère?
Ma soeur à côté de moi était désespérée, elle a dit pour décoincer la secrétaire qui commençait à faire la gueule : “quelle vie décousue tu mènes!!”, et comme d’habitude son intervention était fort à propos.

Quelle vie décousue vraiment, après 3 années d’errance! J’ai des affaires chez ma mère à Montpellier, des affaires chez mon père à Montréal, des affaires chez des amis à Vancouver, des valises avec je ne sais même plus quoi dedans, des trucs que je viendrai récupérer un jour, ou pas, absolument plus rien ne compte à part mon passeport. J’ai des amis au Canada, en France et en Israël, et les fans d’Harry Potter comprendront que c’est autant d’Horcruxes dispersés ça et là, des petits morceaux de mon âme qui m’empêchent d’être tout à fait là, à cet instant. Aujourd’hui je suis à Montréal mais je penses à tous les autres endroits simultanément, et à toutes les personnes qui sont dedans, il y a des fois où ça m’épuise.

Alors l'autre soir j’étais chez mon amie qui me recevait chez elle. J’ai réalisé que j’étais devenue une SDF, donc j’ai pris de plein grès une décision majeure : il est temps de me poser.

Mais où ? Pleine de bonne volonté, je me suis inscrite sur des sites de recherche d’emploi, et dans la section “zone géographique” j’ai sélectionné “toutes”. Honnêtement, comment choisir? Je ne suis chez moi nulle part mais je peux vivre partout. Consternée face à mon incapacité à choisir au moins un continent, j’ai attrapé un papier et un stylo et j’ai dressé une Liste.

La Liste en elle-même est difficile à établir. Quels vont être les abscisses et quelles vont être les ordonnées ? J’ai listé les endroits : Vancouver, France, Haïfa. J’ai écris “ce que j’aime” et puis “ce que je n’aime pas”. Pas si facile en fait, il y a ce qu’on aime de passage, et ce qu’on aime dans la vie, n’oubliez pas que cette Liste avait pour objectif de m’aider à savoir où me poser et non pas où me promener. Il fallait donc que je note ce que j’aime Dans La Vie sans me laisser influencer par mes coups de coeur De Passage.

Etonnement, la colonne “ce que j’aime pas” à Vancouver s’étoffait, mon stylo s’emportait tout seul avant même que je n’y pense, voyez plutôt :

Pas de visa de travail. Impression d’être une étrangère dans les relations avec les autres. Impossible de comprendre les codes amoureux. Problèmes de communication. Politesse poussée jusqu’à l’hypocrisie, discussion qui restent en surface pour ne froisser personne, pauvreté de la culture dans une province tournée vers l’activité sportive et le bien-être du corps, histoire quasi-inexistante, absence de conscience environnementale, nourriture empoisonnée par des lobby sans foi ni loi, éducation hors de prix, logements hors de prix, transports en commun hors de prix.

Puis après j’avais plus de place et je me suis dit que ça suffisait, alors j’ai déplacé mon poignet en haut de la feuille pour écrire dans la colonne des "Ce Que J’aime".

C’est beau, a écrit mon stylo. Il était là suspendu comme un con, impossible d’écrire autre chose. Je réfléchissais mais rien à faire, la beauté m’aveuglait, elle m’empêchait de penser. Quoi d’autre ? Un petit effort, on ne peut pas faire une liste aussi déséquilibrée.

C’est beau.
...
... ah, ça y est :
Impression de devoir tout donner. Ne jamais s’autoriser à se laisser aller. Travailler fort pour s’en sortir, se coucher en étant fier de soi. Impression grisante que tout est possible, impression de liberté d’actions plus grandes que dans la vieille Europe, où l’on étouffe parfois sous le protocole et sous l’assistanat. Impression de se sentir vivant, page blanche, nouvelle vie que tu gagneras à la sueur de ton front.

Voilà que mon stylo revenait dans la colonne de gauche, la colonne des J’Aime Pas. Gare à toi si tu tombes malade, gare à toi si tu te décourage un jour car tu es seul. Tu es si loin des tiens, personne n’est là pour t’aider. Tu es si loin d’une société qui tente tant bien que mal de ne laisser personne sur le côté. Marche ou crève, pas de place pour les faibles, pour les malades ou pour les tristes. Pas le temps de se poser et pas le temps de réfléchir, parce qu’il faut agir.

Puis je suis passée à “France”, je ne reviendrais pas sur ce que je déteste, ma liste est déjà là si ça vous intéresse. Mais je viens d’une région où on aime prendre le temps. On prend le temps de cuisiner, on prend le temps de l’apéro puis on prend le temps de manger. On prend le temps de ne rien faire, de contempler. On perd du temps à discuter, à s’engueuler ou à râler. On s’autorise quelques kilos en trop, on s’encourage à finir cette bouteille de vin, on va quand même pas garder ça, donne moi ton verre que je te resserve. On autorise les excès, les coups de gueule, les coups de sang, les coups de boule, les coups de mou, et je suis née là-bas. Est-ce que je peux oublier d’où je viens et embrasser cette culture canadienne de la perfection, de l’effort, de la neutralité, de la douceur et du respect ?

Il ne faut pas confondre tourisme et immigration, me dit souvent mon père. Lui tente d’immigrer au Canada depuis 20 ans sans jamais y arriver, ne le prend pas mal papa mais on croirait voir le Loup déguisé en mère-grand. Il essaye vraiment et depuis bien longtemps, mais ce n’est pas si facile d’immigrer, ce n’est pas à la portée de tous, ce n’est pas le Paradis au Canada, contrairement à ce que l’exode française pourrait nous laisser croire. Ce n’est pas chez toi au Canada, et ce n’est pas facile de se sentir chez toi, ça ne vient pas comme ça tout seul, juste parce que c’est beau, et grand, et que les gens sont sympas. La possibilité de conserver ses deux nationalités n’existe que sur le papier : au fond de votre coeur, au fond de votre esprit, et jusque dans vos réflexes les plus insignifiants, vous resterez français ou vous deviendrez canadien, mais l’entre deux n’existe pas. Il y a ceux qui y arrivent et ceux pour qui ça ne marche pas.

Dans mon cas, j’ai passé trois années à décomposer mon identité, à cacher ma culture sous les cailloux des chemins que je parcourais. Je me suis déguisée en balinaise, en vietnamienne, en népalaise, je me suis déguisée en canadienne, en juive, en musulmane, et pendant tout ce temps je n’étais que le Loup déguisé en mère-grand. J’ai cru un temps que l’habit ferait le moine, et que j’arriverai à me tromper moi-même mais regardez un peu : l’autre jour j’écoutais France Info (écouter la météo du Nord-Pas-de-Calais en vivant à Montréal est l'un des symptômes de votre inaptitude à changer de nationalité). J’écoutais France Info et ce jour là le Front National a remporté les élections européennes. Mon sang n’a fait qu’un tour, il n’est pas resté sagement à gambader dans mes veines comme l’aurait fait le sang d’un canadien. J’ai gueulé, j’ai pleuré, je me suis tenue la tête dans les mains pour montrer ma détresse, j’ai fait une scène comme mes ancêtres espagnoles, j’ai pris l’accent pied noir et j’ai traité les français de cons, je l’ai dit haut et fort, j’ai crié dans la plus pure tradition française : “Je rentre chez moi, pour relever un peu le niveau de tous ces CONS !”.

J'ai laissé tomber ma Liste : il y a des signes qui ne trompent pas.

dimanche 26 janvier 2014

Sois beau et...

Hier, j’ai eu l’immense privilège de téléphoner près de 3 heures avec ma petite sœur, qui est facilement la personne la plus instruite, intelligente, brillante, drôle et sensible que je connaisse, du haut de ses 21 printemps.

Alors nous parlions de choses et d’autres, et je parlais de Vancouver, de ce que j’aimais et de ce que je trouvais étrange. Je lui disais que j’avais beau adorer cette ville et n’avoir aucune envie de la quitter pour le moment, je me sentais souvent étrangère à l’endroit, différente de ses habitants.

Quand on arrive à Vancouver, on est saisi par la sérénité de ses rues. L’énergie circule bien, Portée par l’océan, elle vibre en écho entre les montagnes enneigées et les buildings étincelants. La nature est partout, et le sport fait partie du quotidien des citoyens qui ont une alimentation exemplaire à faire pâlir ce bon vieux Dukan. Ma sœur et moi comparions nos petit-déjeuner, elle avec des viennoiseries ou des tartines de pain beurré, moi avec du gruau d’avoine ou des smoothies aux épinards.

Ici, on évite le gras, le sucre, le pain, la viande, le gluten, le soja ou les produits laitiers d’origine animale. On fonce sur les céréales, les matières grasses végétales, les farines sans gluten, les noix et les protéines naturelles en poudre. Je disais à Mathilde que TOUS les hommes que je connais ici ont TOUS le même blender dans leur cuisine, pour préparer leur smoothie protéiné avant d’aller travailler. Absolument TOUS vont à la gym lever des poids et regarder leur corps se transformer peu à peu vers le corps standard vancouvérois : un corps musclé et robuste, je dirais un corps gonflé et lisse, parce que les poils, bien entendu, c’est un truc de français. Les hommes ici sont imberbes, sauf pour la barbe, qui se porte en toutes saisons et a tout âge, symbole incontesté de virilité. Je ne connais pas de fumeurs, à part mes amis français. Il semble ici que la santé soit au cœur des préoccupations, et quand j’ai cuisiné une Galette des Rois, les réactions n'ont pas été « ça a l’air trop bon !! » mais « ça a l’air trop gras !! ». Lorsque je mange une crème glacée, il y en a toujours un(e) pour dire « il va falloir augmenter ton cardio après ça ! ». Parfois j’ai envie de les envoyer se faire foutre et de me rouler nue dans de la pâte à tartiner.

Je continuais donc à raconter à ma petite sœur toutes les choses étranges que j’observais :

Cette semaine, je travaille en dehors de la ville, et pour la première fois le prend le skytrain, le métro mi-dedans mi-dehors. Alors l’autre matin, je sortais de la station, tête baissée sur mon iPhone, quand je suis rentrée dans une personne plantée au beau milieu du couloir de sortie. J’ai donc levé la tête et j’ai réalisé que cette personne était plantée derrière une série d’autres personnes attendant leur tour pour monter dans le bus. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les gens font la queue pour monter dans le bus. Premier arrivé premier assis, et la parisienne d’adoption que je suis a failli s’étouffer avec sa gorgée de café.

J’étais lancée, et en parlant avec ma sœur je me rappelais tout à coup toutes les choses qui m’ont marquées. Je lui ai raconté les murs vierges de la ville, sans affiche et sans graffiti. L’interdiction de boire de l’alcool ou de fumer en terrasse. Les panneaux « les voisins vous surveillent » postés dans les rues ou sur les portes des immeubles. La gentillesse et la politesse qui priment parfois sur la franchise.

"pas d'affichage"

La file d'attente pour prendre le bus :))

Je le disais, la sérénité de cette ville est saisissante. C’est ce qui fait qu’il ait bon vivre ici, surtout lorsque l’on arrive de France : le calme, le respect de soi et des autres, l’espace et la propreté. Je parle souvent de Paradis quand je parle de Vancouver, mais c’est vrai qu’elle a ce petit côté irréel, presque trop beau pour être vrai.

Depuis quelques temps, je commence à raisonner de manière totalement nouvelle. Je perds en spontanéité, et je commence à calculer : combien de calorie dans cette tranche de pain ? Combien de sodium dans cette sauce pesto ? Combien de pourcentage de gras dans mon yaourt ? Moi qui n’ai presque jamais pris de petit-déjeuner, je mange chaque matin, convertie au sacro-saint précepte local : on ne saute JAMAIS son petit-déjeuner. C’est le repas le plus important de la journée. Je n’écoute plus vraiment mon corps, devrais-je dire, je mange parfois sans avoir vraiment faim et je culpabilise à chaque bouchée, calculant mon IMC et focalisant sur la circonférence des cuisses de ma voisine. Mes voisines si parfaites, je vous le disais, toutes modelées par la course à pied, la gym et le yoga.

En m’écoutant parler de cet idéal de corps sain, mon génie de petite sœur fit un rapprochement intéressant : la dictature du corps sur l’âme prônée par les régimes totalitaires au siècle dernier. Non pas que je veuille comparer Vancouver au IIIe Reich, loin de moi cette idée. Mais cette discipline ambiante, ce conformisme dans la façon de manger, de bouger, de vivre ou d’aimer, c’est peut-être ça qui me fait sentir étrangère.

Un française bercée par des centaines d’années de contestation et de révolution, des centaines d’heures de ralage, de débats et de manifestations, des centaines de calories ingérées dans la plus heureuse insouciance sur l’autel du plaisir, cette française ne peut que regarder Vancouver comme on regarde un film : ressentir sans partager, observer sans faire partie.

J’ai foncé sur Internet pour creuser cette histoire d’idéologie du corps fort et sain, prônée par le nazisme, inspiré par les canons de beauté de l’antiquité et propagé par l’art officiel. Un régime politique fondé sur l’esthétique et la biologie. Bien entendu, il n’est pas question de ségrégation raciale à Vancouver, l’apparence idéale n’a pas pour objectif d’écarter une communauté. Mais c’est vrai, je dois le dire, que ma sœur a raison en rapprochant cette obsession de pureté et de perfection avec un régime totalitaire. "Tout témoigne aujourd’hui que le corps est devenu objet de salut. Il s’est littéralement substitué à l’âme dans cette fonction morale et idéologique » disait Baudrillard dans La Société de Consommation.

C’est cette citation qui a fait le lien dans mon esprit : dans cette ville, j’ai l’impression que la morale est basée sur le corps plutôt que sur la réflexion ou encore sur la religion. Ce qui est bien ou ce qui est mal, ce qui est bon ou ce qui est mauvais, ce qui est beau ou ce qui est laid, serait inspiré par la biologie, par la médecine ou par le physique. Un paradigme à ce point éloigné de toute spontanéité qu’il prendrait le pas sur la pensée libre.

Un beau corps, sans matière grasse. Une belle ville, sans graffiti. Du bon pain, mais sans gluten. Du bon sexe, mais sans sentiments.

J’ai vu un film cette semaine que je vous conseille vivement si vous avez envie de comprendre ce que je tente de vous expliquer dans un charabia philosophique de comptoir. Pardonnez d’ailleurs cette réflexion partagée, mais c’est aussi ça l’expérience d’expatriée : ce que j’observe me fascine, et ce n’est peut-être que mon propre jugement, un peu brouillon, mais j’espère qu’il intéressera mes lecteurs, amis ou inconnus, sans ennuyer ni blesser personne.

Ce film, donc, c’est Don Jon. Observez ce jeune homme, parfait produit d’Amérique du nord, fidèle en tous points aux hommes que j’ai rencontrés ici : "my body, my pad, my ride, my family, my church, my boys, my girls and my porn". Observez sa cuisine, avec son blender pour faire des smoothies protéines. Observez sa façon d’aimer.



Quant à moi, je vous aime tous, sans compter. Bonne semaine !

samedi 11 janvier 2014

Ce qui ne tue pas te rend plus fort

Il y a un truc vraiment horrible dans la vie, l’un des trucs les plus horribles qui puisse t’arriver, c’est de te faire plaquer par la personne que tu adores.

Le jour où ça t’arrives, c’est un jour comme tous les autres, personne ne t’as rien dit, tu n’as rien vu venir, et PAN : tu te le prends dans la gueule. Parce que tu n’étais pas préparé, parce que ça fait un mal de chien, parce que tu refuses d’accepter la réalité qui est trop moche et trop triste, il se passe quelque chose d’encore plus moche : tu deviens pathétique.

Tu sais, c’est quand tu es prêt à faire la lessive de la nouvelle meuf de ton ex, juste pour pouvoir exister encore un peu dans sa vie. Pour qu’il ne disparaisse pas complètement de la tienne. Pour que le dernier espoir ne s’envole pas, emportant avec lui un énorme morceau de toi que te ne retrouveras jamais.

Alors ce jour-là, il pleuvait comme il pleut à Vancouver : une chute d’eau invraisemblable, c’était une tempête de pluie qui balayait la Colombie-Britannique de gouttes d’eau grosses comme des billes. Il faisait déjà nuit alors qu’on était le matin, un jour comme tous les autres, en somme. Je trempais mon croissant dans mon bol de café, et puis mon téléphone a sonné.

C’était lui. C’était l’homme avec qui je m’imaginais passer ma vie ici, celui qui tenait dans ses mains mon destin tout entier. C’était le patron de l’agence de communication absolument trop cool qui m’avait reçue pour un entretien quelques jours plus tôt. Tout avait été si parfait, je croyais que cette fois c’était la bonne, mais voilà : il a rencontré quelqu’un d’autre, quelqu’un qui correspond mieux à ce qu’il recherchait. Ce n’est pas de ma faute, me dit-il dit. Je suis une personne géniale, et il connait mes qualités. Il est content de m’avoir rencontré, ajoute-t-il encore, alors que mon croissant tombe en miettes dans la noirceur de mon café. On se recroisera peut-être, qui sait. Il me souhaite tout le meilleur pour la suite.

Et il a raccroché. C’était fini.

La douche que les nuages bas et noirs déversaient sur la ville n’était rien comparée a celle que je venais de me prendre par téléphone. C’est alors que le Ciel s’est fendu et, dans un éclair aveuglant, Dieu a pointé son doigt sur moi et m’a dit d’une voix forte : « Tu resteras dans ton boulot de merrrrrrrrde ».

Et dans son écho qui résonna encore de longues secondes, j’entendis murmurer « Et tu n’auras jamais ton visa ! Et tu devras partir ! Parce que tu es NULLE ! ».

Apres un échec pareil, un français remonterait dignement sur son cheval et, sans se retourner, partirait a la chasse à l’emploi, parce qu’un de perdu dix de retrouvés dit-on, et qu’on n’a pas de temps à perdre avec ce connard qui veut pas de nous, il ne sait pas ce qu’il perd, le con !

Mais ici vous le savez, nous sommes au Canada. Et devinez un peu, je vous le donne en mille : un canadien ne réagit pas comme un français. Ce que j’appelle dignité, ils appellent ça faiblesse. Ce que j’appelle pathétique, ils appellent ça déterminé.

Je m’explique.

Lorsque j’ai annoncé à mes amis canadiens que je n’avais pas fait le poids face à mon concurrent canadien, TOUS ont répondu que ce n’est pas grave, rappelle-les et dit leur que tu veux quand même travailler avec eux, même gratuitement, on commence quand ?

En gros, pour revenir à la métaphore de la rupture, c’est un peu comme si tous mes amis m’encourageaient a rappeler mon mec pour lui dire :
« Tu viens de me quitter pour une autre mais ce n’est pas grave mon chéri, je ne t’en veux pas. Je t’aime toujours. Je t’aime tellement que je veux bien qu’on se voit de temps en temps, rien qu’une fois par semaine, je te demanderai rien, je te paierai même l’hôtel si tu veux. Dis oui. S’il te plait. ».

Bref, il semblerait que personne ici ne comprenne que j’aimerais bien éviter d’être pathétique SVP. J’ai tenté d’expliquer le truc aux copains, que bon je n’avais pas vraiment besoin de ça en ce moment, si au moins je pouvais garder ma dignité ce serait bien voyez, et ils ont dit qu’ils ne voyaient pas le rapport.

Pour un canadien, rappeler le patron qui vient de me recaler, ça n’a rien de pathétique. Au contraire, c’est la preuve que je suis motivée et combative. En gros, c’est comme si je rappelais mon mec pour lui dire :
« Tu viens de me quitter pour une autre, d’accord c’est ton choix, et je le respecte. Mais je vais te prouver que tu as eu tort. Je vais me rendre indispensable et quand tu verras à quel point je suis géniale, c’est toi qui me supplieras de rester. Et crois-moi mon mignon, je vais gagner ».

Parce que les canadiens sont des winners, c’est l’esprit nord-américain ça, c’est leur passé de cow-boy. Tu veux quelque chose ? Va le chercher. Ne lâche rien. Ne te décourage jamais. Quand on veut on peut. La fin justifie les moyens. Enfin vous saisissez, quoi.

C’est incroyablement motivant.

Alors c’est ce que j’ai fait, j’ai laissé tomber mon drap de dignité, je me suis retrouvée a poil, sans plus rien à perdre. J’ai écrit ce mail pathétique combatif pour essayer d’obtenir ce que je veux vraiment : travailler dans cette agence beaucoup trop cool, et m’éloigner doucement de ma vie de souillon (je veux dire, d’hôtesse de restaurant).

Alors telle que vous me voyez-la, je joue au cow-boy, avec de la fausse barbe et cachée sous mon chapeau, je fais comme si j’étais sur de ce que je faisais alors qu’en fait j’apprends, je ne sais rien. J’attends.

Je vous tiens au courant.

jeudi 19 décembre 2013

Crise identitaire

Aussi loin que je me souvienne, j'ai entendu cette phrase de la bouche d'à peu près tout le monde : "ya pas de secret. Pour apprendre une nouvelle langue, il faut vivre en immersion totale".

Un peu comme si vos capacités d'apprentissage devenaient soudain surhumaine en dehors des frontières de votre pays natal. Un peu comme si votre cerveau, jusqu'alors imperméable aux cours de grammaire de Mrs Draftford en 4ème B, pouvait tout à coup comprendre une langue inconnue, pour la simple et unique raison que vous lui avez offert un billet Paris-Londres. En fait, j'imaginais qu'il se passait quelque chose de magique, une sorte de declic qui ne survenait qu'a l'etranger, un truc inexplicable pour les non-inities.

Alors imaginez un peu : depuis que je suis au collège, je veux faire partie de ceux qui SAVENT. Encouragée par les récits de voyage des uns et des autres, voilà 15 années que je ronge mon frein, attendant patiemment le moment où, à mon tour, je partirai en terres anglophones pour faire partie, enfin, de ceux qui reviennent au pays et t'assurent d'un air un peu blasé :
"ouais ça y est, je suis bilingue".
Ce moment est arrivé. Je veux dire, je suis arrivée à l'étape 1 de mon rêve de gosse : j'habite en terres anglophones. Parce que l'étape 2, le but ultime, l'étape finale, comprenez donc : être bilingue, est encore très loin devant moi.

Voilà pourtant 5 mois jour pour jour que je suis arrivée à Vancouver. Et bien que je travaille, que je lise, que vive en anglais, je m'exprime à peu près aussi bien qu'il y a 15 ans, lorsque j'étais au collège et que je rêvais de vivre en terres anglophones.

Alors d'accord, l'experience n'est pas un echec total. Ma compréhension s'est considérablement améliorée, notamment au cours des premieres semaines. Tant que je n'échange pas avec un habitant de Toronto, je comprends à peu près tout maintenant (No offense pour nos amis de l’Ontario : de leur propre aveux, ils parlent un anglais « paresseux ». Non contents de n'utiliser que des abréviations, ils ne prennent pas non plus la peine d'articuler, ce qui fait qu’ils ne prononcent en fait que des sons sans sous-titre).

Je dis bien que je comprend « à peu près » tout, car il m'arrive encore de ne comprendre que le mot clé du discours, l’idée principale autour de laquelle je vais axer ma compréhension générale. Cela peut d'ailleurs amener à de terribles quiproquos, lorsque je découvre au bout de 15 minutes que je n'avais pas compris le bon mot clé, et que je me fourvoie donc complètement sur le sens de la conversation que je suis en train de mener.

Bref. J'attends donc toujours ce fameux déclic, ce glorieux matin où je me réveillerai bilingue après une nuit de rêves en anglais (encore un autre mythe, si vous voulez mon avis). Ce moment béni où je rigolerai en même temps que mes amis au cinéma. Mais, puisque cela ne semble pas fonctionner pour moi,je recherche du réconfort auprès de tous les expats que je rencontre.

Certains sont de merveilleux alliés : des contemporains qui, cinq, dix, vingt ans après leur installation au Canada, parlent toujours comme des vaches normandes. Je bénis ces gens-là, que je repère de loin dans la rue, et sur qui je saute de joie en chantant la Marseillaise
- tu viens d'arriver toi aussi?
- non, j'habite là depuis huit ans
- ah! Awsome *!!!
* Awsome, c’est LE mot typique de Vancouver qui veut dire « génial »

Mais il y a aussi les agaçants, ceux qui font partie du Grand Mythe. Ceux qui sont devenu des petits génies en quittant la France. Je pense par exemple au vendeur du stand Hermès à Hudson Bay. L'autre jour, je suis allée me pschitter un peu de mon parfum en douce (ne pouvant pour l'instant pas m'offrir le luxe d'un flacon), lorsque le scélérat, voyant clair dans mon jeu, s'est approché pour tenter de me faire son petit numéro de vendeur de luxe.
Je n'avais pas prononcé deux mots que, comme d’habitude, j'étais mise à nue :
- ah! Tou es fwonçaise? -me demanda-t-il avec un accent américain pas possible
Nous avons alors entamé un début de conversation en français, moi articulant bien pour qu’il me comprenne et lui, maladroit, hésitant, cherchant ses mots pour me dire que, comme moi, il était né à Montpellier. Qu’il avait passé 23 ans de sa vie en Languedoc-Roussillon. Et qu'il était à Vancouver depuis quatre 4 ans seulement.

...Le garçon avait donc désappris sa langue maternelle au profit de l’anglais, à tel point qu’il ne s’en souvenait presque plus.

Morte de jalousie devant l'échec flagrant de ma propre intégration, je me suis pschitté encore 5 ou 6 fois avant de tourner les talons. Pourquoi lui et pas moi? Pourquoi tout le monde devient bilingue a l’étranger, sauf moi ? Qu'est ce qui cloche avec mon cerveau ?! Je ne suis pourtant pas plus bête qu'une autre nom de dieu.

Suite a cette terrible matinée, j'ai tenté d'analyser de façon objective ma façon de parler anglais afin de déterminer mes forces et mes faiblesses linguistiques. Et j'en ai tiré 3 critiques constructives.

Pour commencer, ma pensée est timide. Moi qui pars au quart de tour en français, je suis réservée et sans ressource en anglais. Parfois je voudrais répondre mais, peu certaine des mots à utiliser, je chuchote, je bafouille, je réplique en mono syllabe. Si cela me fait sentir aussi brillante qu'une poêle en fonte, ça a au moins le mérite de plaire aux hommes : depuis que je suis muette, j'ai un succès fou. Walt Disney me l’avait pourtant dit mais il semble que je l’avais oublié... Dans la Petite Sirène, Ursula fait une révélation que les petites filles feraient bien de retenir :



Ah, je peux dire que les Humains n'aiment pas les pipelettes,
Qu'ils pensent que les bavardes sont assommantes !
Que lorsqu'une femme sait tenir sa langue,
Elle est toujours bien plus charmante,
Et qu'après tout à quoi ça sert d'être savante ?

En plus, ils ont une Sainte horreur de la conversation,
Un gentleman fait tout pour l'éviter.
Mais ils seront les rampe-aux-pieds de la femme réservée,
C'est la Reine du silence qui se fait aimer !


Mais je m'égare. Ce que je veux dire en fait, c'est que ce premier frein dans la maîtrise d'une langue étrangère est de l'ordre de la confiance en soi. Avec un ou deux verres de vins toutefois, je pense plus librement et m'exprime avec plus d'aisance. Mais, n’étant pas vraiment portée sur la bouteille au quotidien, je suis muette ou un peu simplette, la plupart du temps.

Question d'assurance.

La deuxième critique tirée de mon auto-analyse est la suivante : il semblerait que la maîtrise d'une langue étrangère soit une question d'oreille musicale. Certaines personnes chantent faux, d'autres trouvent instinctivement les notes justes. Certains privilégiés ont l'oreille absolue et sont capables de reproduire un son de manière spontanément. Lorsque tu apprends une nouvelle langue, tu peux l’appréhender somme une suite de mots nouveaux, comme de fastidieuses leçons de conjugaison et de règles grammaticales. Ou bien, tu peux concevoir cette nouvelle langue comme une musique, et être capable de la fredonner au bout de deux ou trois écoutes.

Malheureusement pour moi, qui chante pourtant plutôt juste, et malgré mes six années de solfège, et en dépit du fait que j’écoute cette même musique encore et encore depuis cinq mois, je ne la retiens pas.

Question d'oreille.

La troisième et dernière observation est bien plus grave, parce qu’irrémédiable. Restons si vous le voulez bien dans le thème musical : j'ai lu quelque part que les bébés ne pleuraient pas de la même façon selon l'origine de leurs parents. Un nouveau-né mexicain de criera pas comme un nouveau-né allemand, comme si, déjà, leur sphère ORL était modelée dans une forme particulière qui ne produira a jamais que telle ou telle sonorité. J'ai des amis canadiens qui sont nés et ont grandis à Vancouver, mais dont les parents sont chinois. Hé bien croyez-moi, bien que leur anglais soit impeccable, ils le parlent avec des sons chinois.

je crois qu'en fait, le problème ne vient pas tant de ta capacité d'apprentissage, de ton assurance ou encore de ton oreille, mais bel et bien de l'ergonomie de ta sphère ORL. De la même façon que certaines personnes sont souples et d’autres raides comme un piquet, il y a des chanceux dotés d’une trachée flexible, et d’autres pas. Dans mon cas, puisqu'on parle de moi ici, ma langue ne se place pas où il faut, mes lèvres sont paresseuses et ma gorge ne module rien. Je suis bêtement coincée à prononcer des sons francophones, parce que je ne suis pas une athlète linguistique.

Question de muscles.



Je me rabats donc sur ce que je peux : capitaliser sur mon accent français, et assumer pleinement mes origines. Au début, j'essayais de m'appliquer à bien prononcer les mots pour ressembler à une canadienne. Maintenant, je parle comme une parisienne, pour la plus grande joie des populations locales qui s'extasient devant "such a lovely accent" ("un accent aussi adorable"). 

Pour eux, je suis Edith Piaf. Je suis Amélie Poulain. Je suis une peintre impressionniste, je sens la lavande de Provence, et je chante comme une cigale. Les clients m'adorent et je me fais houspiller par mes collègues parce que je papote trop, faisant voyager leurs oreilles à Paris ou au Mont Saint-Michel.
Contre toute attente, je deviens ambassadrice de mon pays, moi qui suis parti si loin de lui.

Me voilà donc garante de notre image de marque. J'interdis d'appeler un Cabernet Sauvignon du "cab-sav" (pratique hélas très répandue). Je rends honneur au "classic French racism" en faisant des blagues racistes à l'encontre des asiatiques (il n'y a malheureusement pas d'arabe à Vancouver). Je porte des gants de cuir vermillons et des chaussures CosmoParis, boycottant les leggings et les chaussures de yoga (mode pourtant si confortable que beaucoup d'entre nous l'ont déjà adoptée).

Bref, je cultive ma French touch. Et j'accepte doucement l'idée que je fais partie de ces expatriés qui, plutôt que de changer de nationalité, renforcent leur identité… Même si elle n’avait jusqu'alors jamais vraiment existé.

C'est un sentiment nouveau pour moi, cette identité définie en termes d'origine géographique. Je me sens, j'imagine, comme un français d'origine algérienne a qui on demanderait "bon et alors? Tu es français ou algérien?". Comment répondre a cette question saugrenue? Faut-il vraiment choisir ?

Je suis française au Canada. Je me sens canadienne, avec une culture française.
Vancouver est une ville qui permet a chaque canadien d’être ce qu'ils sont, de parler avec leur accent, de porter les vêtements qui correspondent a leur culture, de manger comme l'on mange dans leur pays d'origine. Je me souviens de l'indien enturbanné qui conduisait le taxi que j'ai pris la nuit de mon arrivée a la gare de Vancouver. Il parlait un anglais bancal et donnait l'impression d'd’être arrivé de New Dehli la veille, mais a la question "vous êtes d'ou?", il m'avait répondu :
"D'ici. De Vancouver".
Oh, Canada...

mardi 10 décembre 2013

Le café

Lorsque j’étais au Vietnam en octobre 2011, la française que je suis a été invitée à prendre un café dans la plus fameuse maison de torréfaction du centre du pays. Impossible de me souvenir du nom ni de l’endroit, c’était quelque part entre Dalat et Nha Trang, au bord d’une route poussiéreuse et bruyante. C’était la première fois que je partageais un café vietnamien avec un vietnamien dans un endroit fréquenté par des vietnamiens, et le choc des cultures fut grand. Il était presque 7h du matin, et des dizaines d'hommes prenaient leur café entre hommes avant de partir travailler.

Crédit photo : moi

Assise sur un petit tabouret de plastique coloré, j’observais le rituel, impatiente, mal lunée, en manque de caféine pour commencer ma journée.
« Patience », me répétait My alors que mon café infusait au compte-goutte dans mon verre rempli de lait concentré. C’était interminable. Mais lorsqu’enfin ce fut fini, j’attrapais mon café et le vidait d’une traite, sous les yeux horrifiés de mon ami : de son coté de la table, il touillait encore le sien pour le lier au lait concentré.
Et comme si on n'avait pas déjà assez perdu de temps comme ça, il attendit encore un peu plus que le café tiédisse, puis le dégusta tranquillement, trempant ses lèvres dans son verre sucré, et faisant claquer sa langue de plaisir après chaque lampée. 


Café vietnamien avec le filtre sur le le verre,
et une dose généreuse  de lait concentré
Photo chipée sur gobackpacking.com

Je regardais tous ces hommes qui prenaient une heure de leur journée pour siroter leur café. S’ils travaillaient à La Défense, on les aurait déjà virés pour glandage éhonté. Mais la pause-café au Vietnam, c’est un rituel. C’est la petite parenthèse virile du matin, en dehors de la famille et loin du lieu de travail, un peu comme on irait prendre une bière-cacahuète avec les copains au PMU du coin.

Parce qu'n France, au contraire, le café se boit sur le pouce, bien fort et bien serré, debout entre la table de la cuisine et la porte d’entrée. Il est le coup d’envoi de la prochaine action. Le café est transition entre repos et travail. C’est un excitant, dans tous les sens du terme, a en croire les publicités ou une brunette sensuelle et un beau brun ténébreux se rencontrent un instant pour une étreinte torride.


Pub Carte Noire de mon année de naissance - bijou 

Boire un café à Paris, c’est devenir un adulte avec tout ce que cela implique : le travail, le sexe, la productivité, les apparences qu’il faut sauver. Le café est la boisson des winners, des dragueurs, des travailleurs.

En France, on apprécie un café comme un boit un bon vin, pour ses arômes, pour sa robe, pour sa texture en bouche. On ne va pas s’embêter de fanfreluches inutiles, l'essentiel est dans la tasse. Ainsi, le touriste abasourdi verra son café, débordant dans la coupelle, expédié nonchalamment par un serveur presse. Ce n'est pas le service qui fait un bon café. Mais qu'on se régale ou pas, c'est comme ça : on ne termine pas son repas sans un petit kawa.

Photo chipée sur michelleroohani.com

L'autre jour, mon coloc et moi étions dans un de nos grands débats nocturnes autour d'une bouteille de Brandy : en bons français, on comparait notre ville d'avant (Paris) a notre ville de maintenant (Vancouver), et comme souvent Paris l'emportait, parce qu'un peu de chauvinisme ne fait jamais de mal quand tu vis loin.

Alors on parlait du café a Vancouver, parce qu'ici on ne plaisante pas avec le café. C'est une institution, voyez. Les employeurs ne recrutent pas des barristas, mais des"Artistes du latte". Les clients font preuve d'une exigence digne du troisième Reich lorsqu'il s'agit de leur café, et gare a l'artiste qui prendrait un peu trop de liberté dans le dessin en crème fouettée. Pourtant, rien de sensationnel dans le café canadien : ce n’est en fait qu’un arôme pour boisson chaude, et la qualité des grains compte moins que l’image de l’endroit où ils sont torréfiés. C’est ainsi qu’à chaque coin de rue fleurissent des petits cafés de quartier, remplaçant les églises. Chacun sa paroisse, excusez mon langage. Ces lieux de cultes d’un genre nouveau sont à l’image de leurs habitués : certains tout simples et d’autres un brin surfaits.

Mais comme dirait Martin : "a Paris, le café est meilleur et pourtant, on me le jette a la gueule tu vois".

Et pour cause : si les cafés sont des petits paradis ou il fait bon flâner, le café a proprement parler, lui, ne fait pas vraiment rêver. A Vancouver, le café est le petit réconfort des grandes personnes, qui troquent en grandissant le chocolat chaud pour un Mocha double shot :  l’équivalent d’un espresso dans une très grande quantité de lait. Chaque café est unique, parce qu'il est fait tout spécialement pour la personne qui le commande : tiède, chaud ou très très chaud, lait végétal, crème, moitié-lait-et-moitié-crème, lait aromatisé ou encore lait écrémé... Le choix est infini mais attendez encore : on y ajoute ensuite de la cannelle ou du chocolat, de la crème fouettée entière ou low-fat, du nappage, du sirop avec ou sans sucre... Voila, ton café est prêt : tu peux enfin le siroter par petite gorgées dans un gobelet en carton qui porte ton prénom.

Dans la ville tout le monde travaille, le café se fait mobile : il faut pouvoir l’emporter dans la rue pour aller travailler, vite, ne pas perdre de temps mais prendre le temps, tout de même, de serrer dans ses mains son gobelet, comme une bouillote réconfortante qui accompagne en douceur la transition entre le lit et le bureau, entre enfance et âge adulte. Il y a quelque chose de tendre dans ce rapport au café. Et tant de proximité forcement, ça crée des liens ; je crois que je commence a avoir des sentiments pour cette boisson.

Steve et Shawn, deux grands enfants croisés ce matin sur la plage,
avec leur café-bouillote dans les mains

L'exemple typique du café bobo de Vancouver : boissons hors de prix,
produits bio ou gluten-free, bibliothèque commune en plein air...
Convertie au café le plus infâme et pourtant préféré des canadiens :
Tim Hortons

lundi 2 décembre 2013

La magie de Noel

Dès le lendemain d'Halloween, c'est à dire au matin du 1er novembre, Noël a commencé à Vancouver. 

Depuis un mois, les musiques de Noël envahissent nos oreilles et on boit notre café dans des gobelets en cartons décorés pour l’occasion. Alors vous pensez bien que le 1er décembre fut un jour à célébrer en grandes pompes ! Le père Noel lui-même s’est déplacé pour faire son auto promo dans les rues du centre-ville, qui a été complètement bloqué 6 heures durant pour l’occasion.
Ça tombe bien, tiens ! C’était exactement les 6 heures durant lesquelles je devais traverser la ville en bus pour aller travailler dans un centre commercial du nord le matin, puis revenir au sud dans l’après-midi pour mon shift au resto.

Mais revenons un peu en arrière. Ce matin-la, on était le 1er décembre, j’étais toute seule a l’appart et je n’avais même pas de petit chocolat du calendrier de l’avent pour me réconforter, parce que j’avais tellement travaillé ces derniers jours que je n’avais pas eu le temps de savoir qu’on était fin novembre. 

Je m’étais réveillée avec quelque chose de très désagréable à l'arrière de mes yeux, une tension qui picote, je crois que ça s'appelle l'envie de pleurer. J'ai raté deux fois mon bus à cause de la parade de ce putain de Père Noël sur Georgia Street, ce qui fait que j’étais en retard au boulot et ça a été un bon prétexte pour fondre en larmes. 

En vrai, je pleurais parce que j'avais le sentiment d'être loin pour la toute première fois. Ma mère, mes sœurs et ma cousine passaient le week-end ensemble à Paris. Ma meilleure amie israélienne fêtait son arrivée en France avec mes amis à moi. Mes anciens colocs se retrouvaient à Lyon entre deux escapades au bout du monde. Et moi je regardais tout ça sur l’écran de mon iPhone, me sentant complètement seule dans cette mascarade commerciale sans aucun sens qu’est Noel dans une grande ville qui n'est même pas la mienne.

En fin de journée, les heures et les heures de déviations, de bouchons et de changement de bus pour rejoindre mon deuxième travail ont eu raison de ma santé mentale. Ratatinée de fatigue, j'ai sauté hors du premier bus pour acheter une boite de 10 Donuts à Tim Hortons, que j'ai mangé dans leur intégralité pour éponger mes larmes de rage et étouffer mes injures a l'encontre de ces troupeaux de familles heureuses qui gambadaient dans les rues. 

Dans le deuxième bus, j’ai fait la rencontre d'un bellâtre de Toronto complètement défoncé. Mais alors que je m’empiffrais en râlant sous ses encouragements bienveillants ("That's goooood, buddy. That’s Canadian Food!"), un nouvel événement vint s'ajouter a tous les événement nuls de cette journée pourrie. Car a cet instant précis eu lieu le premier meurtre de 2013 à Vancouver. Alors que tout le monde était sous pression a cause de la parade du Père Noel qui nous a foutu un bordel pas possible, un homme s‘est fait tirer dessus, flinguant au passage mon idéal canadien d'êtres humains trop sympa pour être touchés par le vice. 

Et ralentissant encore plus la circulation à cause des contrôles de police.

Vue d'ensemble de la maison au travail

Zoom sur la parade du centre-ville
En bleu : itinéraire habituel (20 minutes)
En rose : itinéraire qui a conduit a ma perte (2h20)
NB: la prochaine fois, descendre du bus et marcher

Menfin, contrairement à la malheureuse victime, je suis arrivée à temps chez moi pour sauter dans mes vêtements du soir et courir jusqu’au restaurant. Ce qui en soit, est une source de réjouissance (je suis en vie, et pas lui). On trouve du réconfort ou l’on peut, n’est-ce pas ?

J'ouvre ici une parenthèse pour parler de mes 3 uniques oripeaux, portés jour après jour dans un seul et même mouvement monotone quotidien : le matin, je passe de mon lit à mon uniforme de chercheuse de sponsors au centre commercial - l'après-midi, je passe du bus à mon uniforme d'hôtesse d'accueil au resto - la nuit, je passe du restaurant à mon pyjama de fille qui s’écrappoutie dans son lit. Et puis je recommence comme ça jusqu'à mon unique jour de congé, ou je dois laver ces vêtements pour la semaine qui reprend.

3 styles, 1 pantalon
J'ai un peu la sensation de vivre une seule et longue journée de 6 jours, voyez.

Bref, une fois n’est pas coutume, parlons un peu de la réalité de Vancouver, en dehors de son époustouflante beauté qui me rappelle à chaque minute pourquoi je suis là.

Dans "Mange-Prie-Aime", Liz et ses amis italiens s’amusent à trouver le mot qui défini le mieux leur ville. New York serait le mot « réussir ». Rome serait « sexe ». Et bien Vancouver en un mot, sans hesiter, ce serait "travailler ».

Si la plus grande ville de l’ouest canadien est classée comme l’une des meilleures villes ou habiter sur cette planète, c’est aussi l’une des villes les plus chères au monde. Un peu comme Grenoble, les terres constructibles sont limitées par la ceinture de montagnes qui l'entoure, lui donnant tout son cachet mais la rendant de plus en plus inaccessible.

Alors bien sûr, il y a des gens qui travaillent 14h par jour et gagnent assez bien leur vie pour avoir la sensation de travailler pour quelque chose. C'est l'Amérique tout de même, et tôt ou tard travailler fini par (bien) payer. Mais quand tu es immigré, tu te dois de commencer tout en bas et, si tu survis a ta première année misérable, alors il parait que les porte s'ouvrent sur les escaliers qui mènent a une vie descente, puis confortable, et peut être, qui sait : aisée.

Aujourd’hui toutefois, je suis tout en bas. Je suis le petit bout de charbon brûlé qui ramasse des paillettes inutiles dans une petite pièce oubliée du reste de la société. Mes études ne servent à rien et on se fiche pas mal de savoir d'où je viens. La seule chose rassurante est de savoir que je ne suis pas le seul petit bout de charbon, nous sommes tout plein de jeunes et de moins jeunes, plein de diplômes, de compétences diverses et d’énergie qui essayons de tirer notre épingle du jeu pour faire partie de ce pays.

Extrait du Voyage de Chihiro
Prise de conscience saisissante sur la signification réelle
de ce passage du chef-d'oeuvre des studios Gibli


Julie est journaliste, elle sort d’une grande école et a lancé deux journaux dans l’ouest français avant d’arriver ici et de se retrouver à vendre des fringues et des baguettes pendant un an et demi.

Mon ancien patron était un designer hypra populaire en Italie, il roulait sur l’or et dans des voitures de sport à travers Rome et Milan, ou il possédait deux appartements. En arrivant au Canada, il faisait la vaisselle dans un café avec un patron tyrannique (« comme toi », m’avait-il précisé une fois).

Greg est ingénieur dans les énergies renouvelables depuis cinq ans, mais avec la crise il est obligé de ramasser les miettes avec moi au resto, le temps de retrouver un emploi.

Alexis est étudiante, et lorsqu’elle n’est pas à l’université elle cumule deux petits boulots (l’un les soirs de semaines, l’autre le week-end). « C’est le prix à payer pour pouvoir vivre chez moi » m’expliquait-elle le plus naturellement du monde, alors que je poussais de hauts cris d’indignation.

La plupart de mes collègues sont mineures et consacrent déjà tous leurs temps libres au travail. Ça me laisse perplexes, moi française, qui écoute le matin sur France Inter les débats sur « l’obligation de repos dominical ».

Je leur explique que chez nous, les étudiants ont des bourses, des aides aux logements, qu’on a le droit au chômage, que du coup on n’est pas forcés de mener cette vie de fou. Mais eux n'ont pas l'air de considérer leur vie comme une vie insensée. « Honnêtement si je ne travaillais pas, je ne saurais pas quoi faire de mon temps libre » me disait l’autre jour Yukari, qui travaille 18 heures par jour le week-end.

Bref, on est en occident, mais je réalise que je n'ai pas besoin de partir au fin fond du delta du Mékong pour me sentir étrangère. Je regarde parfois ces gens qui me ressemblent mais qui n'ont vraiment rien à voir avec moi, en me demandant s'il est possible d'immigrer vraiment, d'embrasser une nouvelle culture définitivement. D'oublier d'ou l'on vient pour adopter un nouveau style de vie. 
Cette immersion au Canada est sans aucun doute l'expérience qui me fait le plus grandir, bien plus que mon tour d'Asie en solitaire, bien plus que les shots d'expériences temporairement dépaysantes que l'on s'autorise en voyageant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.

En revanche, je ne me plains pas. J'ai choisi d'être ici, alors je fais profile bas et j'absorbe ces tonnes de nouvelles choses pour me fondre dans le décor, pour en faire partie intégrante. La pire des galères est tout de même palpitante. C'est une galère en VO, c'est une galère au Canada, un truc qu'on ne vit qu'une fois.

Alors pour rester dans le ton, Noel cette année, je le célèbre au travail. La semaine prochaine on décor le sapin au resto. Dans 10 jours, on fait une soirée de Noel au journal. Le Père-Noel passe souvent nous voir au centre commercial. Et je travaillerai le soir du réveillon. 

On est en décembre, et je travaille a plein temps. Je ne suis pas si seule, finalement.

jeudi 21 novembre 2013

Parlez-moi d'amour

Le célibat a apporté deux choses dans ma vie : des envies nocturnes de crème glacée, et du temps pour regarder des séries. Ces deux pratiques se passant au lit, bien entendu.

Alors j’ai découvert cette chaine de fast Food qui s’appelle DQ. C’est un peu comme un Burger King ou un Mc Donald’s, rien de bien exceptionnel si ce n’est que 1/ c’est en face de mon lieu de travail et 2/ ils proposent un choix infini de choses à mettre dans ta crème glacée. La ou les Mc Flury ne se déclinent qu’en version Oreo, M&m’s et Daim, DQ propose pas moins de 15 gâteaux, confiseries et nappages à combiner les uns aux autres. Les serveurs, excellents en terme de relation interpersonnelle, t’assurent que ce n’est pas MAL de mélanger Oreo, pate a cookie et Reese dans un seul pot de glace : non, c’est BON, c’est délicieux, vous ne le regretterez pas ! Faites-vous plaisir, vous l’avez bien mérité avec votre journée de travail.

Donc chaque soir vers 22h30, après mon shift au resto, je discute de longues minutes avec l’un des serveurs rassurants à propos de la meilleure combinaison possible. Puis, boostée par leurs propos bien rodés, je me lance a toute berzingue dans une aventure gustative insensée et politiquement incorrecte jusqu’à mon lit ou, à défaut d’un homme, m’attend mon PC pour un visionnage tardif de Sex and the City.

Oui d’accord, cette série a été tournée du temps où les tours jumelles de New York en constituaient encore la figure emblématique. J’ai 10 ans de retard, comme d’habitude, mais je dois dire qu’à l’époque j’étais tout simplement trop jeune pour comprendre le génie de ce scenario. Aujourd’hui, non seulement je comprends les préoccupations de ces femmes, mais je les comprends d’autant plus que je vis moi aussi en Amérique du Nord. Et les filles, sachez une chose : être une européenne ici, en terme de relation hommes-femmes, ça n’a RIEN à voir avec ce qu’on connait sur le vieux continent.

Alors je regardais la saison 1, au tout début de la relation entre Carrie et Mister Big. Ils batifolent joyeusement dans les rues de New York pendant presque une année, jusqu’à ce qu’elle découvre par hasard, au restaurant, que son homme fréquente encore d’autres femmes de temps en temps.

Si on était dans Plus Belle la Vie, Carrie se serait approchée de la table ou Mister Big et cette inconnue dinent aux chandelles, elle aurait jeté son verre de Cosmopolitan au visage du goujat, elle aurait fait un scandale, et ses copines et elle seraient sorties se la coller pour oublier que les hommes sont tous des salauds.

Mais là, on est dans Sex and the City. Carrie s’approche donc timidement de la table, salue la jeune inconnue et son Mister Big, avant de lui demander poliment à lui parler une minute en privée.

« Je ne savais pas que tu voyais d’autres femmes », se désole Carrie. Et son mec de lui répondre : « Je ne savais pas que nous étions en relation exclusive ».

Cette réponse improbable semble faire mouche puisque Carrie, convaincue, souhaite un bon diner à Big et quitte le restaurant, un peu vexée mais pas en colère pour un sous, en se demandant si par hasard ce ne serait pas sa faute à elle, pauvre femme, qui se serait fait trop de films sur cette relation dont les conditions n’avaient pas été clairement définies au préalable.

Vous saisissez le gasp culturel ?

Car c’est là le nœud du problème, le truc le plus mystérieux auquel j’ai été confrontée au cours de mes nombreux voyages en terres inconnues : les relations homme-femme au Canada (et il semblerait qu’il en soit de même pour les relations hommes-hommes, d’après certaines de mes sources).

Parce que je mène mon enquête ici, interrogeant à peu près tout le monde sur les histoires d’amour.

Le Canada est semble-t-il le Paradis des hommes, écoutez un peu ça : vous rencontrez quelqu’un, vous passez du temps ensemble, et je ne parle pas seulement d’appels en fin de soirée pour se tenir au chaud. Vous prenez le petit-déj ensemble, vous connaissez ses amis, vous allez au resto ou à son match de hockey, vous regardez la télé en faisant des câlins et vous vous tenez au chaud de plus en plus souvent.
Si ça ressemble à un début de relation, sachez que ce n’est qu’un leurre : c’est ce qu’on appelle un date (connu également sous le nom de « Casual Relationship »). Attention à ne pas tomber en amour avant d’avoir eu la DISCUSSION qui permet aux sentiments d’exister. Sans cette discussion officielle, les sentiments comptent pour du beurre. N’attendez pas non plus une relation exclusive : sans la DISCUSSION, les deux parties sont libres de fréquenter d’autres personnes et n’ont aucun compte à rendre.

Lorsque vous sentez que cette personne devient importante dans votre vie, et que vous commencez à être jalouse des autres femmes qui s’en partagent les attraits, il est temps pour vous, femme, de provoquer la DISCUSSION : « je t’aime bien et j’aimerais que nous soyons en relation exclusive, qu’en penses-tu ? ».

C’est ce qui se passe à la fin cet épisode de Sex and the City : Mister Big ne comprend pas trop pourquoi Carrie fait la gueule, alors elle lui dit qu’elle aimerait bien être la seule femme dans sa vie. Apres quelques moments d’hésitation, Big la prend dans ses bras et c’est le début de leur histoire d’amour. Moi en tant que française, je me dis : « non mais attend elle a pas d’honneur ou quoi ? Pourquoi elle ne le laisse pas mariner et revenir tout seul lorsqu’il aura compris à quel point elle lui manque ? ».

Mais en fait c’est comme ça que ça marche ici, c’est l’Amérique. Il faut demander pour avoir quelque chose. Tu veux une relation d’amour, alors demande. Si tu ne demandes pas, c’est que tu n’en veux pas, et l’autre ne pouvait pas le savoir puisque tu ne lui a rien dit. Les messages codés, les signaux sibyllins, les sentiments à demi-mots, tous ces trucs qui font passer les femmes pour des créatures compliquées, ça ne prend pas au Canada. On ne s’embête pas de fanfreluches, on y va franco, voyez ?

Ce qui me chagrine pourtant, c’est que de l’avis unanime, la DISCUSSION doit être provoquée par la femme. L’homme (fragile et sensible), effrayé a l’idée d’être rejeté s’il dévoile ses sentiments, ne dira jamais rien (et puis bon avouez qu’il a en fait le beau rôle, dans une histoire de rêve, alors il serait un peu con de provoquer une discussion qui compliquera tout.).

Par exemple, parlons de moi. Jetais en Casual Relationship avec ce canadien, et puis après quelques mois, je lui ai envoyé ces fameux messages codés que son cerveau américain n’a pas su recevoir. Vexée, j’ai mis fin à cette histoire, estimant que le garçon ne décodait pas pour la simple et bonne raison qu’il n’en avait pas envie. Cherchant l’approbation de mes ami(e)s (canadien(ne)s eux aussi), quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’entendais leurs réponses, unanimes : « mais as-tu provoqué la DISCUSSION ? Peut-être qu’il avait des sentiments pour toi, mais vu que tu ne lui as pas donné l’opportunité d’en parler, il s’est protégé ».

ALLO !! Les amis ne sont pas supposés répondre « Wai c’est qu’un connard, tu mérites mieux ! » ? Et pourquoi ce serait moi d’abord, qui devraient prendre le risque de me prendre une porte en ouvrant mon cœur a ce sombre énergumène ? On marche sur la tête, pensais-je, et puis voilà que l’autre soir, une autre histoire vint chambouler encore plus mes convictions.

Il était 21h, je terminais mon shift au resto, essuyant les menus nonchalamment, lorsque l’un de mes collègues (un petit nouveau) s’est approché de moi pour me demander si je ne voulais pas l’attendre ce soir pour aller prendre un verre ensemble après sont shift. Je n’avais même pas encore eu le temps de comprendre la question que le garçon a ajouté : « je dois te dire que je suis en Casual Relationship avec cette fille depuis un an, et je vois également d’autres femmes. Je n’ai aucune intention d’être en couple, je préfère que les choses soient claires.

Quelle arrogance ! C’est à peine si je connais son prénom, et il me demande déjà de ne pas trop m’emballer. Qu’est-ce que c’est que ces gens qui faussent les relations avant même qu’elles ne commencent ? Exaspérée, j’ai quitté le restaurant sans même lui dire au revoir.

Je me demande comment les canadiens font pour tomber amoureux. Qu’en est-il du coup de foudre ? Comment font-ils pour laisser du temps a une relation, vous savez, quand vous vous réveillez un matin avec cette personne et que vous réalisez que vous êtes heureux qu’elle soit là, tout simplement. Faut-il se réveiller ce matin-là et dire « il faut qu’on parle. Je me rends compte que je suis heureuse que tu sois la, alors je voudrais qu’on en discute officiellement deux minutes : penses-tu que ce soit une bonne idée ? Es-tu prêt à être mon COPAIN ? » - Non mais bonjour la pression !!! Rien de tel pour fusiller des sentiments tout neufs, encore timides et incertains.

Apres un long débat avec Laura autour d’une bouteille de Martini Blanco, nous en sommes arrivées à la conclusion suivante : si les canadiens sont un peu étranges, ils n’en sont pas moins plus honnêtes que les français. Je m’explique : tromper quelqu’un est très mal vu ici, ce n’est pas vraiment un signe de virilité machiste mais plutôt de lâcheté. Donc lorsque la DISCUSSION a eu lieu, et si l’homme accepte la relation exclusive, il sera fidèle a son engagement, en acceptant de plein gré tout ce que son « oui »implique.

D’un autre côté, tant que la DISCUSSION n’a pas eu lieu, la relation est très honnête, dans un sens : on ne se vend pas du rêve, on ne baratine pas. Les deux parties sont conscientes qu’il n’y a aucun compte à rendre ni aucune attente à satisfaire, si ce n’est passer de bons moments avec une personne qu’on apprécie. Cette histoire de discussion officielle, bien que peu spontanée et trop formelle pour ma vision vieille France du romantisme, permet de protéger un peu son cœur et de vivre au jour le jour sans trop fantasmer (encore faut-il être au courant de ce fonctionnement, ce qui n’était pas vraiment mon cas).

Bref, Sex and the City est un peu mon mode d’emploi de la relation homme-femme en Amérique. Arrivée a la fin de la saison 2, je comprends un peu plus certains comportements jusqu’alors inexplicables, et j’oublie tout doucement mes acquis français pour laisser la place à une culture différente dont je dois tout apprendre de zéro.

D’ici la saison 10 toutefois, avec l’aide des crèmes glacées nocturnes de DQ, je serai obèse et toute cette sagesse ne me servira plus à rien.

Fichue vie d’expat.


vendredi 8 novembre 2013

Se remettre au sport

Mis à part tous les points négatifs déjà énonces lors de mon précèdent article, travailler dans un restaurant comporte un autre énorme risque : devenir une grosse vache.

Travailler dans un resto, c’est comme qui dirait travailler pendant les heures de repas. Avant de commencer à travailler, tu n’as bien évidement pas faim. Mais lorsque tu apportes des kilos de belles assiettes chaudes et parfumées à tes clients pendant 3h, tu as le temps de saliver, de les envier, de vouloir piquer dans leur assiette, puis tu as le temps de t’épuiser, d’avoir faim, de regarder ta montre et de réaliser que tu as encore 3h à tenir avant de pouvoir manger (il n’y a de pause qu’au-delà de la 6eme heure de travail au Canada).

Bref, de temps en temps, le personnel de cuisine te fait passer une assiette de frites. C’est là que tous les serveurs puisent leur énergie vitale, se jetant avidement sur l’assiette commune, mâchant en cercle comme un groupe de pingouins frigorifiés leurs 5 frites avant de retourner en salle.

Bilan = à la fin de ton shift, tu es tout écœuré du gras ingurgité par ci par là toute la journée, tu n’as plus vraiment envie de manger mais ton corps, lui, est encore affamé de vraie nourriture..

Un mois à ce rythme a transformé mon ventre jadis plat en un ventre post-grossesse. Désespérée, je regardais l’une de mes collègues au corps de rêve (comme la quasi-totalité des femmes de 15 à 95 ans dans cette ville) avant de lui demander comment diable faisait-elle pour ne pas devenir une grosse vache après toutes ces années de restauration.

Très simple, me dit-elle : je fais de la gym tous les jours !

Diablerie. Cette réponse, je m’y attendais. C’est bien évidement le rythme de vie hypra-sain de l’ensemble de la communauté du Grand Vancouver : du sport tous les jours. Manger sain. Et si possible, être intolérant au gluten et au lactose, pour faire bonne figure.

Bref. J’ai mené ma petite enquête autour de moi et j’ai réalisé que tout le monde allait à la gym. Avoir passé deux semaines en maillot de bain à Hawaii m’a comme qui dirait fait un petit électrochoc et, n’ayant pas fait le moindre effort depuis 2001, je me suis dit que tout ceci était en fait la situation rêvée pour me remettre au sport. Et embrasser le style de vie de ma ville d’adoption, part la même occasion.

Mercredi dernier, je suis donc allée à la salle de sport la plus proche de chez moi et j’ai rencontré mon coach personnel, Dave, un irlandais hilarant qui m’a enfilé des gants de boxe et m’a fait faire une série d’abdos de la mort qui m’ont mise au tapis. Allongé a côté de moi pour m’encourager au mieux, il m’a rappelé que mes muscles roupillaient depuis des mois dans la douce chaleur de leur lit, et que j’étais en train de leur arracher la couette et d’ouvrir en grand la fenêtre pour les réveiller. Normal que ton corps aime pas ça !! Me criait-il avec son accent trop marrant. Mais tu vas voir ce que tu vas en faire une fois qu’ils seront debout !

Autant vous dire que j’ai mis 5 jours à pouvoir rire ou respirer sans souffrir. Mais depuis, je suis retournée à la salle de gym, poussée par la vue de toutes ces filles canons qui courent tous les matins dans ma rue, sous la pluie, et sans un cheveu qui frisotte (garces).

Faire du fitness, du sport, de la compétition, c’est un état d’esprit à Vancouver. Les magazines féminins ne sont qu’exercices et régimes pré et post workout. La mode, chez H&M ou dans la presse, c’est le sportwear – les chaussures de yoga, les leggins, la lingerie sportive et le sérum anti-frisottis pour rester belle pendant l’effort. Idem chez les hommes, bien entendu. Mes amis masculins ont un corps à faire rougir Wolverine. L’un d’eux, Banana Bread (que vous connaissez tous maintenant), travaille sur un projet initié par trois jeunes femmes de Vancouver, dont j’avais envie de vous parler aujourd’hui : RUN like a GIRL.


J’adore cette initiative car c’est un pur exemple de ce mode de vie dont je tente de vous parler au travers de cet article : courir tous les jours, se dépasser, s'entraider, bien manger. Du pur Vancouver.

En gros, ces trois copines fans de running ont réussi, en moins d'une année, a créer une communauté de 28000 passionnés de sport a travers le monde. Organisations de courses, recherche de partenaire d'entrainement, échange de recettes et vente de vêtements de sport, dont les bénéfices vont a diverses œuvres de charités (par exemple, elles ont levé 10.000$ pour les victimes des attentats de Boston, et plus de 4000$ pour la recherche contre le cancer de sein).

Ces filles me donnent envie de courir. Parce qu'elles, et toutes ces autres coureuses hypra canons, et tous ces coureurs de tous sexes et de tous ages qui peuplent les rues de Vancouver, donnent du sens a cette infâme et douloureuse expérience qu'est la course a pied. Et vous savez quoi? Apres quelques jours d'entrainement, je cours peut-être comme une fille, mais je commence a aimer ça.


Vous voulez vous y mettre et rejoindre la communauté internationale des Corps de Rêve au Grand Cœur? Bonne nouvelle, les courses sont organisées partout dans le monde, les T-shirt sont livrés partout dans le monde eux aussi, et leur page Facebook est une source quotidienne de coups de pied au cul pour enfiler ses baskets !

lundi 4 novembre 2013

Travailler dans un resto

Bref, j’ai été virée de ce café.

Suite à une série d’évènements malheureux, je me suis retrouvée sans appart et sans argent à mon retour d’Hawaii. Tout devait bien ce passer pourtant, j’avais tout prévu – sauf que ma vie ressemble à une série télévisée interminable, avec trop de rebondissements pour être crédible, mais voilà : c’est comme ça.

J’ai donc été obligée de trouver un autre emploi au plus vite, et ce qui recrute le plus ici c’est : la restauration. Me voilà donc « hôtesse » dans un restaurant, attendant patiemment ma promotion pour devenir serveuse. Apres un mois de galère au café, je viens de terminer un autre mois de galère au resto, et force est de constater que JE SUIS NULLE.

J’essaye pourtant, j’essaye vraiment. Je fais tout pour obtenir ce fichu poste de serveuse parce que j’ai besoin d’argent (et au Canada, les serveurs ont au minimum 15% de pourboire à chaque table). Mais allez savoir pourquoi dans ce pays, quand ils t’embauchent comme barista ou serveuse, ils te mettent d’abord à la vaisselle ou à l’accueil. Nom de dieu !! Je ne suis pas faite pour ça. Demandez à un poisson d’essayer de voler, il sera nul toute sa vie, il se sentira nul et sera regardé comme un nul par tous les oiseaux.
C’est exactement ce qu’il m’arrive dans ce métier, je suis au bout du rouleau et mon estime de moi-même commence à en prendre un sacré coup.

Ça n’a pas l’air très compliqué comme boulot, du moins sur le papier : dire bonjour aux gens, les placer, nettoyer les tables pour laisser la place aux nouveaux clients.
Toutes mes collègues sont des étudiantes de 16 à 20 ans qui excellent à ce poste après leurs cours. Et moi, avec mes 27 ans, 6 années d’études et 5 en entreprise, je ne leur arrive pas à la cheville.

Je tourne en rond dans le resto, réfléchissant au moyen le plus efficace de nettoyer cette table tout en optimisant le trajet pour placer ces gens. A mi-chemin je réalise que ce n’était pas une bonne idée, je fais demi-tour, bouscule un serveur qui arrivait les bras chargés, m’excuse platement en français. Puis je me rappelle que les gens parlent anglais ici, alors je tente de m’excuser platement en anglais mais c’est déjà trop tard, le serveur est parti, une de mes collègues mineure a déjà nettoyé mon bordel et les clients se sont assis à une autre table.

Et c’est ainsi tout le temps, plus je suis stressée plus je suis maladroite, plus je suis maladroite plus je tente de rattraper les choses, plus les choses s’empirent, me stressant encore plus et ainsi de suite de manière exponentielle pendant 8h.

Au moment du coup de bourre, des dizaines et des dizaines de personnes arrivent en même temps pour MANGER. Tout le monde a faim et froid et ramené sa marmaille, ça se bouscule a la porte et je dois noter sur une liste combien de personnes, combien d’enfants, combien de chaise haute, laissez-moi une minute pour évaluer votre temps d’attente, est-ce que je peux prendre votre nom ? Daba ? Debra ? Sorry, what ? Ah, Deborah !!! - Ma collègue mineure, exaspérée, me retire alors le stylo des mains car le temps que je comprenne un nom, 15 nouvelles personnes sont arrivées et attendent pour MANGER.

Parce qu’on ne plaisante pas avec les gens qui ont faim. Une personne affamée oublie tous les codes de la société. Toute forme de bienséance disparait. La politesse n’existe plus. Une personne affamée ressemble à ce que devait être l’homme du Neandertal : un corps guidé par ses instincts de survie. « Moi faim. Enfants faim. Pas de patience. Manger. TOUT DE SUITE ».

Et, pour une raison que j’ignore, les clients de mon restaurant estiment qu’ils sont à ce point exceptionnel qu’ils peuvent se permettre de me sortir des phrases du genre
- Amenez-moi à ma place habituelle, merci.
- Bonjour. Je ne vous connais pas, du coup, je ne sais pas où est votre place
- Courroucé – pff. Suivez-moi.
Bilan : la placeuse se fait placer = humiliation

Voici, pour vous donner un aperçu, quelques situations véridiques vécues cette semaine :

#1 En plein rush, un homme se tient debout, parmi une trentaine de personnes debout
- L’homme, en colère : Je suis là, moi !!! J’attends !
- Moi, dépassée : Oui je vous vois bien, tout comme je vois les 30 autres personnes autour de vous !
- L’homme, au bord des larmes : Mais j’ai faim !
- Moi, maternelle : Oui, vous mangerez très bientôt c’est promis

#2 Un soir, je passe près d’une table les bras chargés de vaisselle, et un vieil homme m’arrête, tremblant de colère
- Je n’ai pas de sucre sur ma table !!!!!!
- Oui et bien, avisez votre serveur (je peux à peine marcher tant mes bras sont chargés)
- Mais je veux du sucre ! Tout de suite !!

#3 En plein rush, une table se libère. Je la nettoie promptement pour assoir des clients. Arrives devant la table, ils hésitent, se concertent, se retournent vers une table identique située a 1 mètre, sale et pleine de vaisselle, et me disent :
- Nous voulons cette table-là, plutôt.
- Mais elle est sale
- Eh bien, nettoyez-la

Parfois, souvent, j’ai envie de les gifler ou simplement de les envoyer chier du genre « Comment osez-vous me parler comme ça ? Vous avez quel âge pour vous comporter de la sorte ? Vous n’avez pas honte de faire un caprice pour un bout de sucre ? Quelle importance de bouffer sur cette table ou sur une autre, sacré nom de dieu ? » - Mais premièrement, je me ferais virer à coup sûr. Et deuxièmement, je ne sais pas m’exprimer ainsi en anglais.

Je garde donc mes phrases assassines pour moi, me repassant le film de ma vengeance en boucle dans ma tête pendant que je nettoie cette autre table, plongeant mes doigts dans la crème glacée des enfants, ramassant les bouts de burgers sur le sol, essayant de sortir les mouchoirs du fond des verres à milkshake, aspirant les petits morceaux de sachets de sucre.

Vous savez quoi ? tout le monde devrait travailler dans un restaurant au moins une fois dans sa vie, pour apprendre à être aimable et reconnaissant avec le personnel (petit 1), et pour éviter de foutre un bordel pas possible en jouant avec sa nourriture et avec les objets sur la table (sucre, sel, poivre, bougie, etc.). (petit 2).

Il y a tout de même de bons côtés dans mon travail : premièrement, j’adore l’endroit. C’est un restaurant familial traditionnel de la Colombie-Britannique. Les gens viennent ici depuis 50 ans, ils venaient enfants avec leurs parents, et viennent encore aujourd’hui avec leurs petits-enfants. J’habite temporairement a une minute à pieds du restaurant, ce qui m’emplie le cœur de joie lorsque je pars travailler et que je n’ai qu’à traverser la route. J’adore les jours ou je travaille le matin, parce que les gens sont relax et sympa. Les vieux solitaires viennent boire leur café en lisant le journal, et les familles nombreuses viennent prendre leur petit-déjeuner. Ça sent la gaufre aux bleuets, le café et le bacon grillé. Je fais pas trop de conneries parce que personne n’a vraiment faim le matin, ce n’est que pur plaisir et gourmandise. En dehors des moments de repas, j’ai le temps de bavarder avec les personnes que je place, les clients m’adorent et me pardonnent mes erreurs. Certains me glissent même des petits pourboires en cachette – principalement grâce à mon accent français.

D’ailleurs, être française me tire de pas mal de situation galères : en général, lorsque je vois qu’un client est sur le point de pleurer ou de piquer une crise parce que je n’ai pas compris son nom du premier coup ou parce qu’il a trop FAIM, je souris et je dis : « I Am sorry. I am French » - et hop, le client s’adoucit, me dit « bonjou comon tallai vou », me complimente sur mon accent adorable et me dit que ce n’est pas grave, va.

Etant donné que je suis coincée tout en bas de l’échelle sociale depuis maintenant 2 mois ½, je ne sais pas si j’arriverai un jour au poste tant convoité de serveuse, celui ou je pourrai enfin montrer à tous les oiseaux que je ne suis pas qu’un poisson stupide qui se débat sur le rivage dans une danse ridicule. Messieurs les managers, si vous lisez le français, s’il vous plait : donnez-moi ma chance

Coincée dans un boulot qui n'est pas le mien
Image tirée du film "Stupeur et tremblements"

mercredi 25 septembre 2013

J'aime / J'aime pas au Canada

#1 Travailler avec des chinois

J’aime quand j’arrive le matin pas coiffée, pas maquillée et complètement débraillée et que mes collègues chinoises me sautent au cou et me caressent les cheveux en me disant à quel point elles sont jalouses que je sois toujours siiiiiiiiiiiii jolie.


J’aime pas quand il est 14h30 et que je suis au bord du malaise tellement mon petit-déjeuner de 7h30 est un lointain souvenir, et que mes collègues chinoises me reprochent  de ne penser qu’à bouffer et qu’elles se demandent comment je peux être aussi mince avec un appétit pareil -_-'

jeudi 12 septembre 2013

Les gens lunatiques, ou "la Machiavélique et Terrifiante stratégie du Démon"

Mon boss vient « d’ex-Yougoslavie ».Comprenez : il est Serbe. Et il a passé 20 ans de sa vie en Italie. Autant vous dire qu’il a un caractère de cochon.

La plupart du temps, il est grincheux et gueule presque sur les clients qui ne passent pas leur commande assez vite ou n’articulent pas assez bien. Pendant un temps, il mettait des coups de pied aux fesses d’un collègue qui ne faisait pas la vaisselle assez rapidement à son gout. Dans mon cas, il m’a persécuté jour après jour parce que le sandwich n’était pas « correctement » positionné dans l’assiette, ou parce que je ne plaçais pas les tasses au bon endroit sur l’égouttoir, me faisant sentir misérable. De temps en temps, il décide d’ignorer l’un de nous, en ne lui adressant plus la parole pendant des jours. Puis tout a tout à coup, il va serrer ladite personne dans ses bras en clamant sa beauté et son génie a l’ensemble des clients présents. Ou bien encore, il va venir sans crier-gare pour te regarder, tout attendri, tartiner du pesto sur du pain baguette et demander « comment va mon bébé en cuisine? ». 

En clair : tu ne sais jamais à quelle sauce tu vas être mangé. 

Je vous assure qu’il n’y a rien de plus terrifiant qu’un bourreau qui utilise la même main pour te battre et pour te flatter : la main se lève, mais cette fois, seras-tu frappé ou cajolé? --> Insoutenable torture psychologique.


   

Il se trouve que, O coïncidence, ma colocataire est un peu du même acabit : certaines semaines, elle sera un monstre effrayant qui m’ignore et s’enferme dans sa chambre pour manger (des enfants ?...). Puis tout à coup, elle sera aimable et pleine d’entrain. 
Exemple: ce matin, en réponse à mon «bonjour ! », j’ai eu le droit à un reproche type « tu étais dans la douche au moment où je voulais y aller » - suivi d'un (classique) claquage de porte. Mais ce soir, elle cuisinait gaiement et m’a proposé d’aller boire un verre ensemble (ce qui n’est absolument jamais arrivé en 1 mois de cohabitation, NDLR). 

Tremblante, je ne savais pas quoi penser : va-t-elle m’emmener dans une ruelle sombre pour me découper en rondelles ? Va-t-elle mettre des laxatifs dans mon verre pour m’humilier ? Ou veut-elle simplement aller prendre un verre ? 

C’est comme hier, au café. Apres 5 jours de silence ou j’avais fini par douter de ma propre existence, le Boss est venu vers moi et m’a flatté tendrement l’épaule, me regardant dans les yeux pour la première fois, pour me dire « Au revoir, Marion. Passe une bonne soirée ». Je me suis dit automatiquement : « Mon Dieu ca y est. Je vais me faire virer ». 

Et j’avais raison…

vendredi 6 septembre 2013

Le parfum

Quand j'étais toute petite, mon Doudou était un T-shirt de mon père et s'appelait Nama.

Pour devenir Nama, le T-shirt devait être lavé, puis porté une fois par mon papa pour avoir son odeur mais pas trop. Il y avait donc deux T-shirt, un rouge et un vert, l'un était lavé, puis porté, pendant que l'autre était Nama (l'odeur partait vite donc il fallait que le processus soir répète régulièrement).

Aujourd'hui que je suis une grande fille, j'ai reçu un colis de ma maman qui m'a envoyée mon tant attendu imperméable Petit Bateau (entre autres petits cadeaux d'anniversaire, dans un magnifique colis comme seul les mamans savent le faire). Il pleuvait des torrents d'eau, alors on peut dire que le facteur est tombé à pic (Maman, si tu me lis, tu noteras l'excellence de ce jeu de mot).

J'ai déplié mon imper et dans l'instant, toute ma maison de Vancouver s'est imprégnée de l'odeur de ma maison de Montpellier. Ça sentait la lessive Maison verte, le parfum Miracle de Lancôme porté par ma mère, ça sentait la terrasse au soleil et le chat qui ronronne. J'ai été complètement déstabilisée toute la soirée, mes yeux voyant Vancouver et mon cerveau sentant Montpellier - impossible de savoir où j'ai passé la soirée. Et dans la nuit de mes 26 à mes 27 ans, j'ai dormi avec mon imper blotti contre moi. J'ai dormi avec mon Nama.